AMAHORO-CONGRES DU PEUPLE
M. le Président,
AMAHORO-Congrès du peuple[1]
voudrait exprimer son inquiétude en ce qui concerne le travail du Tribunal Pénal
International pour le Rwanda (TPIR) qui continue d’être entravé,
principalement par l’obstruction continuelle (qui provient) de l’actuel
gouvernement Rwandais.
Bien que le tribunal n’ait pas atteint
des résultats significatifs (neuf condamnations et un acquittement après huit
ans et 600 millions de dollars), il reste néanmoins un instrument qui a le
potentiel de traduire en justice
les responsables du génocide des Tutsis et des massacres des Hutus de 1994,
surtout ceux qui ont pu s’établir dans d’autres pays, loin du Rwanda.
En plus de condamner ceux qui ont perpétré
le génocide et les massacres, nous pensons que le tribunal peut contribuer à
la réconciliation nationale en montrant à la population qu’il est possible
de parvenir à une justice véritable, par des voies appropriées.
Ceci est particulièrement important, étant donné que le régime de
Kigali a été, jusqu'à présent, incapable de garantir à ses citoyens, une
justice qui soit équitable et impartiale pour tous.
Ce régime continue d’utiliser le système judiciaire du pays comme un
instrument de répression contre les opposants politiques, et de blanchissement
pour les individus qu’il veut utiliser. AMAHORO
rappelle ici les cas de l’ancien président du Rwanda, M. Pasteur Bizimungu,
l’ancien ministre M. Charles Ntakirutinka, et l’ancien député M. Jean
Mbanda, et beaucoup d’autres, dont la liberté politique a été supprimée à
travers la manipulation d’un système judiciaire corrompu.
AMAHORO rappelle les cas du Colonel Munyakazi, le gouverneur M. Boniface
Rucagu, M. Elisée Bisengimana et plusieurs (d’) autres, qui maintenant
occupent des postes élevés dans l’APR (Armée patriotique rwandaise) et/ou
les institutions gouvernementales du Rwanda, malgré leur rôle présumé dans
le génocide des Tutsis et les massacres des Hutus de 1994.
Il est par conséquent primordial qu’il soit permis au TPIR d’opérer
comme il faut, et qu’il soit appuyé dans ses travaux afin d’accomplir son
mandat dans les meilleurs délais.
La résolution 955 du 8 novembre 1994, par
le conseil de sécurité des Nations Unies, qui a crée le TPIR,
exige également la coopération totale et sans équivoque, de tous les
Etats membres de l’ONU, avec le tribunal.
En outre, ladite résolution affirme explicitement que le pouvoir et
l’autorité du TPIR ont préséance
sur celle des juridictions nationales.
Par conséquent, les objections soulevées par le gouvernement rwandais
à travers son procureur général, M. Gerald Gahima, le ministre de la justice,
M. Jean de Dieu Mucyo, et d’autres représentants, ne sont pas valides.
Ces objections, soulevées par le président Paul Kagame lui-même, le 28
juin 2002, lorsqu’il a indiqué que le Rwanda n’allait plus coopérer avec
le TPIR, ne peuvent et ne devraient empêcher le tribunal de mener son mandat à
bon terme.
M. le président, selon la résolution 955,
le Rwanda en tant qu’Etat membre des Nations Unies, est appelé à coopérer
avec le TPIR. Par ailleurs, il
revient au Conseil de sécurité de s’assurer que le TPIR reçoit toute la
coopération nécessaire de la part du Rwanda et des autres Etats.
Nous vous adressons cette lettre dans
l’espoir que le Conseil exige du gouvernement rwandais et du président Kagame
en particulier, d’arrêter toute obstruction dans le travail du TPIR.
Il est impérieux que le gouvernement rwandais cesse d’empêcher aux témoins
de faire le voyage à Arusha pour témoigner.
Tandis que nous reconnaissons les efforts
fournis par le bureau du procureur
du TPIR ces deux dernières années ( l’émission de plus de mandats d’arrêt,
la classification des criminels en vue de juger un minimum de 250 personnes
d’ici 2008, permettre aux juridictions nationales des Etats membres de juger
les suspects sur leur territoire, etc.), nous recommandons que le tribunal fasse
un plus grand effort pour faciliter la comparution des témoins, et qu’il soit
sensible à leur douleur et à ce qu’ils ont subi. Ceci empêchera des incidents tels que celui qui a eu lieu
l’année passée, lorsque les membres du parquet et les juges « ont ri »
alors qu’un témoin racontait comment elle avait été violée par un milicien
interahamwe. Une attitude si
cruelle ne peut que décourager les témoins de toute collaboration et témoignage!
M. le président, nous espérons que le
conseil de sécurité ne faillira pas le peuple rwandais une fois de plus.
Le conseil doit s’assurer que ceux qui ont perpétré le génocide sont
traduits en justice, et que la justice est rendue à tous les rwandais.
Nous espérons que le Conseil de sécurité abordera cette question sous votre mandat, M. le président, et qu’il enjoindra le président Kagame et son gouvernement à respecter la résolution 955 du 8 novembre 1994.
Sincèrement,
Jeff
Nsengimana
Vice-président.
CC :
S.E. M. Kofi Annan
Secrétaire Général de l’ONU
Ms. Carla Del Ponte
Procureur du TPIR
S.E.
M. John D. Negroponte
Représentant
des E.U. aux Nations Unies
S.E.
M. Sergey Lavrov
Représentant
de la Russie aux Nations Unies
S.E.
Sir Jeremy Quentin Greenstock. KCMG
Représentant
du Royaume Uni aux Nations Unies
S.E.
M. Wang Yingfan
Représentant
de la Chine aux Nations Unies
S.E.
M. Jean-David Levitte
Représentant
de la France aux Nations Unies
S.E.
M. Anastase Gasana
Représentant
du Rwanda aux Nations Unies
[1] AMAHORO Congres du peuple est une organisation politique rwandaise, créée en 2001 comme alternative au régime de Kigali, qui devenait et continue d’être de plus en plus corrompu, criminel, et incapable d’amener la réconciliation, et une paix durable au peuple Rwandais et a la région des Grands Lacs.